1/ Docteure Legault, pouvez-vous situer votre parcours « dentaire » et nous faire savoir quelles sont les circonstances qui vous ont amenée à prendre la tête de l’Ordre des dentistes du Québec (Il faut savoir qu’en France, l’Ordre National a toujours été dirigé par des hommes, malheureusement !) ?
Certains diront que le fil conducteur de ma carrière professionnelle se résume en trois mots : servir la communauté. Jeune diplômée, j’ai choisi d’exercer en milieu rural pour combler une offre de soins insuffisante. Après avoir complété une maîtrise en administration des affaires, mon engagement professionnel s’est ensuite exprimé à travers différents postes que j’ai occupés au sein de l’Ordre et qui m’ont permis d’apprécier toute l’importance et toute l’ampleur du mandat de protection du public que nous confie le législateur. L’inspection obligatoire de tous les cabinets dentaires, l’accréditation de la formation universitaire, la mise en œuvre d’activités de formation continue (p. ex, les Journées dentaires internationales du Québec) et la détermination d’équivalence de diplôme de dentistes formés à l’étranger ne sont que quelques-unes des actions que nous devons mener à bien pour alimenter le lien de confiance qui doit exister entre nous, dentistes, et la population que nous servons. Mon passage récent à l’Assemblée nationale du Québec et ma fonction d’adjointe parlementaire au ministre de la Santé et des Services sociaux ont renforcé une profonde conviction selon laquelle notre profession doit absolument se mobiliser et déployer tous les efforts requis pour promouvoir l’importance de la santé buccodentaire, de même que ses liens et ses bienfaits sur la santé générale des individus. À titre de dentistes, nous sommes des professionnels de la santé et nous assumons donc une responsabilité importante à l’égard de toute la population. L’avancement de la profession, la valorisation de la santé buccodentaire et l’accès aux soins pour tous sont les piliers de mon action quotidienne. Voilà ce à quoi je me suis engagée en novembre 2006 auprès de tous les dentistes et de la population québécoise.
2/ Quelle est la situation actuelle de la dentisterie au Québec sur le plan démographique ? Cette situation est-elle similaire sur l’ensemble du territoire canadien ? Y a-t-il un manque réel de praticiens ?
En 2001, au Canada, le ratio dentiste-population était de 57 dentistes par 100 000 habitants. En 2008, on dénombrait quelque 48 dentistes par 100 000 habitants. La situation au Québec s’inscrit dans cette tendance. Le gouvernement du Québec nous annonce qu’en 2013, 470 000 travailleurs auront pris leur retraite. Notre profession n’échappe pas à ce vieillissement accéléré de la population. Aujourd’hui, certaines régions dites « éloignées » du Québec connaissent déjà des équilibres fragiles entre l’offre et la demande de soins dentaires. L’attraction des grands centres urbains est puissante auprès de nos jeunes cohortes de diplômés. Dans les années à venir, il faudra user de créativité pour « séduire » nos jeunes et les dentistes immigrants afin de les inciter à s’établir dans les belles régions du Québec.
3/ Quel regard portez-vous sur notre système de santé dentaire « emmuré » dans une nomenclature qui ignore la prévention, l’implantologie et la parodontologie, et qui oblige les praticiens à pratiquer des soins conservateurs et endodontiques « à perte » ? Partout au monde, les systèmes de santé reflètent les valeurs sociales et culturelles des nations dans lesquelles ils évoluent. Les débats passionnés, suscités par le projet de réforme du système de santé américain proposé par le président Barack Obama, illustrent parfaitement mon propos. Il m’apparaît donc périlleux de commenter le système de santé dentaire français en l’isolant sous une cloche à fromage, sans tenir compte des nombreux paramètres de l’ensemble du système de santé français.
4/ Pouvez-vous brièvement nous décrire le système de santé dentaire québécois, si différent du nôtre dans la mesure où, chez vous, les assurances privées prennent en charge, à leur juste valeur, tous les domaines de l’odontologie et en particulier la prévention ?
Au Québec, le système de santé dentaire relève pour une très large part du secteur privé. Seuls les enfants âgés de moins de 10 ans et les prestataires d’une aide financière de dernier recours bénéficient d’un panier de services restreints assurés par le gouvernement. Il est vrai qu’une majorité de patients ont accès à des assurances privées qui assument le remboursement des frais dentaires à un pourcentage variable et établi en fonction des contrats retenus par les employeurs. Au Québec, l’Association professionnelle des chirurgiens-dentistes du Québec (syndicat professionnel) produit annuellement un guide de tarifs pour l’ensemble des procédures dentaires. Ce guide sert de référence à l’établissement des plans de soins dentaires assurés.
5/ En France, la profession d’hygiéniste n’existe pas et, de surcroît, la moitié des praticiens en activité exercent en « solo », sans assistante ni réceptionniste : cette situation vous semble-t-elle compatible avec un exercice « sain, sécurisé et logique » ? L’Ordre des dentistes du Québec permettrait-il une telle situation ?
Au Québec, on compte 4 460 dentistes, 4 750 hygiénistes dentaires et environ 5 000 assistants dentaires. Ces chiffres illustrent éloquemment le dynamisme des équipes dentaires disséminées sur l’ensemble du territoire québécois. Aussi, on note de plus en plus de regroupements de ces équipes en réaction, peut-être, à la féminisation de la profession et au coût élevé des technologies mises à la disposition des praticiens. L’Ordre n’intervient pas dans les choix individuels d’exercice des praticiens. Nous nous assurons cependant, au moyen de visites d’inspection professionnelle, qu’au sein de tous les cabinets, chacun des professionnels respecte toutes ses obligations déontologiques en matière de contrôle des infections, de tenue de dossiers et de compétence professionnelle dans les soins qu’ils prodiguent. Tous sont soumis au même examen.
6/ Au vu des « réalités françaises » énoncées précédemment, comment l’accord de reconnaissance mutuelle des diplômes de nos deux pays peut-il effectivement s’appliquer sur le terrain clinique ? À quelles obligations les praticiens, tant québécois que français, devront-ils se soumettre avant d’obtenir l’autorisation d’exercer de part et d’autre de l’Atlantique ?
En vertu de l’arrangement de reconnaissance mutuelle conclu le 27 novembre 2009, les autorités compétentes (l’ODQ et le CNOCD) doivent déterminer le contenu détaillé du stage d’adaptation fixé à six mois de part et d’autre. Des informations plus détaillées suivront lorsque cette étape sera franchie. Pour en savoir plus, consultez le site Internet de l’Ordre des dentistes du Québec à l’adresse www.odq.qc.ca.
7/ En France, la profession dentaire a tendance à se féminiser, qu’en est-il réellement au Québec ?
Il en est de même au Québec. Au 31 décembre 2009, 40 % de l’ensemble des dentistes québécois inscrits au tableau étaient des femmes. Ce pourcentage atteint 60 % des membres ayant obtenu leur diplôme depuis 1995. Il est à noter que la présence accrue des femmes en dentisterie se manifeste aussi dans toutes les professions liées à la santé. Dans ce contexte nouveau, il ne faut donc pas s’étonner que les dentistes du Québec aient élu une femme présidente à la tête de leur ordre, une première qui imprimera peut-être une nouvelle tendance au sein du leadership politique!
8/ Comment expliquez-vous que les efforts aboutis, déployés par celui qui a été et demeure toujours le fer de lance des Journées dentaires du Québec, à savoir le dynamique docteur Denis Forest, pour introduire, au fil des années, des conférenciers français lors des dites Journées n’aient jamais bénéficié de la part de l’Association Dentaire Française ainsi que des autres sociétés scientifiques, du phénomène de réciprocité et que vos « ténors » et vos « jeunes praticiens talentueux » aient autant de mal à être invités en France ? Y aurait-il un défaut de communication de votre part ou un esprit franco-français qui aurait tendance à évoluer en « vase clos » ?
Tout d’abord, il faut bien comprendre qu’au cours des années, les communications ont toujours été ouvertes et franches de notre part et l’écoute de la part de nos collègues français n’a jamais fait défaut. Certes, il nous a fallu du temps pour comprendre les structures administratives françaises. Il est vrai que nos participations auprès des grandes sociétés scientifiques ont été ponctuelles. Mes collègues québécois ont cependant participé à différentes manifestations scientifiques au cours des années, dont les Entretiens de Garancière, les Journées dentaires de Nice et l’ADF, pour n’en nommer que quelques-unes. La participation française aux organisations scientifiques du Québec, et en particulier les Journées dentaires internationales du Québec, est essentielle en raison du nombre somme toute assez restreint de conférenciers disponibles au Québec. La France n’est pas exposée au même défi. Nous envisageons l’avenir avec enthousiasme, puisqu’un vent nouveau souffle sur nos deux territoires. Dans le prolongement des accords France-Québec récents, le docteur Forest m’indique qu’il est même possible qu’une entente de partenariat soit signée entre l’ADF et les Journées dentaires internationales du Québec au cours de notre prochain congrès, en mai 2010. Nous croyons qu’il s’agit là d’un dénouement heureux qui scellera l’amitié professionnelle qui existe entre nous depuis toujours.
9/ Pour avoir fréquenté les Journées dentaires du Québec depuis plus de 10 ans, je peux affirmer que votre « dentisterie » a un niveau d’excellence qui n’a rien à envier à sa voisine américaine et à sa cousine française : le temps n’est-il pas venu de redoubler d’efforts pour la faire mieux connaître et lui donner enfin la place qu’elle mérite à travers le monde ?
Comme vous, plusieurs affirment que la dentisterie québécoise est d’une très grande qualité. Il est vrai qu’il pourrait être intéressant de la faire rayonner davantage au-delà de nos frontières. Néanmoins, les nombreux mandats que nous confie le législateur nous obligent à concentrer nos efforts sur notre mission première, qui est la protection du public québécois.
10/ Les denturologues qui sont à même de réaliser des prothèses à des patients venus les consulter directement ne constituent-ils pas une profession susceptible de « faire de l’ombre » aux chirurgiens-dentistes québécois ?
Le champ d’exercice des denturologistes est bien défini dans une loi qui leur permet d’agir dans un secteur restreint d’activités professionnelles. D’ailleurs, leur formation de technicien fixe adéquatement les limites de leur intervention. En matière de restauration prothétique implantaire amovible, par exemple, ils doivent agir sous la direction d’un dentiste. Il appartient donc à la profession dentaire d’exercer un leadership avisé afin de diriger les travaux d’une manière à assurer la sécurité des patients. Nous sommes d’avis que l’examen et l’élaboration du plan de traitement demeurent et demeureront la seule prérogative du dentiste.
11/ En dehors des considérations à définir pour l’installation de chirurgiens-dentistes français au Québec, le choc de la culture latine avec la vôtre, plutôt « anglo-saxonne », vous semble-t-il « surmontable » rapidement ?
Je pense que oui, car nous avons déjà une longue histoire de complicité entre nos deux nations cousines. Il n’en demeure pas moins que tout projet d’immigration est un choix éminemment personnel fondé sur des aspirations profondes et souvent lié à l’amélioration de cette condition de vie. L’adaptation à une culture différente de la sienne déborde largement le seul secteur de l’activité professionnelle, mais elle en est facilitée par une intégration réussie dans le milieu de travail. C’est dans cet objectif que nous entendons construire les éléments du stage de familiarisation que nous avons inclus à l’Arrangement de reconnaissance mutuelle des qualifications professionnelles.
12/ Les chirurgiens-dentistes québécois sont-ils soumis à la formation permanente continue obligatoire ? Y a-t-il des contrôles inopinés quant à la qualité des soins dispensés au sein même des cabinets ? Comment l’hygiène et l’asepsie sont-elles contrôlées sur le plan de la mise en œuvre ? Quelles sont les instances qui se chargent de ces différents contrôles : est-ce le ministère de la Santé, est-ce l’Ordre ou d’autres organismes formés spécialement à ces formes d’évaluation ?
En vertu de leur Code de déontologie et de la Politique sur la formation dentaire continue de l’Ordre, les dentistes québécois doivent cumuler 90 unités (heures de formation) réparties sur un cycle de trois ans. Chaque année, lors du renouvellement de leur cotisation, les membres doivent déclarer le cumul des unités de formation suivies en cours d’année. Cette information est versée au dossier professionnel du membre, qui est conservé par la Direction de l’inspection professionnelle de l’Ordre. Le contrôle de l’exercice professionnel s’effectue dans le cadre d’un programme de surveillance générale des membres. Une équipe élargie d’enquêteurs chevronnés, embauchés par l’Ordre, sillonne le Québec et visite l’ensemble des cabinets aux cinq ans. Les rapports de ces visites sont soumis, pour examen, à un comité de dentistes. Selon leur contenu, ils peuvent conduire à l’imposition d’un stage ou à la fermeture d’un cabinet. Cet exercice rigoureux et important s’inscrit au cœur de notre mission. Nous y allouons toutes les ressources nécessaires.
13/ Pouvez-vous nous décrire le fonctionnement de l’Ordre des dentistes du Québec ? Comment sont nommés ses membres et par quel système sont-ils renouvelés ? Durant combien d’années la présidente ou le président peut-elle ou peut-il être en fonction ?
En réponse à votre question, nous vous soumettons un extrait du site Internet (structure politique) et le règlement traitant des élections des administrateurs de l’Ordre. Le mandat du président est de quatre ans. Il est renouvelable sans limites quant au nombre de mandats. À l’Ordre des dentistes du Québec, le président est élu au suffrage universel des membres inscrits au tableau. Le conseil d’administration de l’Ordre des dentistes du Québec est constitué de 25 administrateurs, dont le président, dont 20 membres élus et quatre administrateurs nommés par l’Office des professions du Québec. Le conseil d’administration est chargé de l’administration générale des affaires de l’Ordre et a pour mandat de veiller à l’application des dispositions du Code des professions et des règlements. Il exerce tous les droits, pouvoirs et prérogatives de l’Ordre, sauf ceux qui sont du ressort des membres de l’Ordre réunis en assemblée générale. Le comité exécutif de l’Ordre des dentistes du Québec est composé de cinq membres élus parmi les membres du conseil d’administration : le président de l’Ordre, le vice-président, deux membres et un des administrateurs nommés par l’Office des professions du Québec. Le comité exécutif s’occupe de l’administration courante des affaires de l’Ordre et peut exercer tous les pouvoirs que le conseil d’administration lui délègue.
14/ Comment et par qui sont prononcées, au Québec, les interdictions d’exercer en cas de faute avérée commise par un praticien et quelles peuvent être les fautes retenues ?
Toute dénonciation signalée par le public est dirigée au syndic de l’Ordre qui fait enquête. C’est le syndic qui décide de porter une plainte ou non contre un membre. Lorsque les circonstances l’exigent, il peut même requérir la radiation immédiate ou provisoire d’un membre auprès du conseil de discipline de l’Ordre. Le conseil de discipline est saisi de l’ensemble des plaintes déposées par le syndic. Le conseil est constitué d’un président (avocat) et de deux membres (dentistes). Le conseil entend les représentations des parties selon un système contradictoire. Le Code des professions prévoit des droits d’appel au Tribunal des professions. La nature des plaintes sont généralement les suivantes : diagnostic ou traitement contraire aux normes scientifiques, comportement ou intégrité contraire à l’esprit du Code, défaut de collaborer à une enquête ou tolérance d’exercice illégal.
15/ Comment la prévention est-elle mise en place au Québec et par qui est-elle financée ?
Depuis plus de 20 ans, le ministère de la Santé et des Services sociaux déploie un programme de prévention en matière de santé buccodentaire administré par la Direction nationale de santé dentaire publique. Le Ministère embauche plus de 300 hygiénistes dentaires qui interviennent dans les écoles, auprès des enfants de la maternelle et des élèves de 6e année du primaire jugés à risque de développer des lésions carieuses. Aux activités de dépistage et d’enseignement des techniques d’hygiène dentaire qu’elles conduisent, s’ajoutent celles du scellement des sillons et des fissures des dents permanentes. La couverture de soins assurés par le gouvernement fournit aussi une intervention préventive rapide auprès des jeunes enfants et de leur famille. Dans tous les cabinets du Québec, on met l’accent sur la prévention de la carie et des maladies parodontales. Nous croyons fermement que cette approche en amont apporte une contribution positive à l’état global de la santé dentaire des Québécois.
16/ Au Québec, qui est l'interlocuteur officiel auprès du Ministère de la Santé et des compagnies d'assurances, dans le dojomaine de la revalorisation des honoraires conseillés au niveau des soins et prothèses dentaires ? L'interlocuteur est l'Association des chirurgiens dentistes du Québec. Cet organisme est le seul syndicat professionnel.
Voici un extrait de leur site WEB :
L'Association a pour objet l'étude, la défense et le développement des intérêts économiques, sociaux et moraux de ses membres. Elle assure la reconnaissance de leurs compétences, contribue à leur formation, défend la valeur et l'importance de leurs services et favorise l'amélioration de la santé buccodentaire en facilitant l'accès aux soins et en encourageant la recherche, l'action sociale et l'aide humanitaire. En vertu de la loi qui la constitue, elle a autorité pour négocier en leur nom toutes les ententes qu'elle juge nécessaires. Par exemple : •Elle les représente auprès des instances gouvernementales et de la RAMQ; •Elle les défend lorsque leurs droits professionnels et économiques sont lésés par les organismes publics ou privés; •Elle leur permet de rationaliser leur facturation en publiant un guide des tarifs; •Elle leur offre une gamme de services négociés de manière à simplifier la gestion de leurs affaires professionnelles et personnelles
17/ En France, il n’y a pas d’âge limite d’exercice, qu’en est-il au Québec ?
Au Québec, il n’y en a pas non plus.
18/ Quelle action l’Ordre va-t-il privilégier durant l’année 2010 et les années suivantes ?
En réponse à cette question, nous vous proposons le « Mot de la présidente » qui paraîtra dans la prochaine édition du Journal de l’Ordre des dentistes du Québec, en février-mars 2010. J’ajouterai que le contexte de vieillissement accéléré de la population québécoise et le choc démographique annoncé nous posent le grand défi de nous préparer à prendre en charge la santé buccodentaire d’un nombre très élevé d’individus âgés et dentés. Nous devons nous préparer à intervenir de façon organisée, hors de nos seuls cabinets, pour répondre à la demande de soins à venir d’une population en perte d’autonomie ou captive en établissement.
"Chères collègues, Chers collègues, Déjà 2010!
La décennie qui s’achève aura été marquée par de nombreux événements qui resteront longtemps gravés dans notre mémoire, dont la frénésie du bogue de l’an 2000, l’attentat dévastateur du 11 septembre 2001 aux États-Unis, l’avènement du IPod, les tragédies humaines survenues en Indonésie, en Chine et au Pakistan – qui nous rappellent bien tristement celle, toute récente, d’Haïti – et l’élection de Barack Obama. Pendant cette même période, le système professionnel dans lequel nous évoluons s’est substantiellement complexifié, notamment par l’introduction de nouvelles lois visant à élargir le rôle, les responsabilités et l’imputabilité des ordres auprès de la population et du gouvernement. L’adoption en décembre dernier d’une loi créant le poste de Commissaire aux plaintes en matière de reconnaissance des compétences professionnelles pour les personnes formées à l’étranger en est la dernière illustration. Notre profession s’est aussi subtilement transformée. Composées d’une majorité de femmes et désireuses de s’établir dans les grands centres urbains, les cohortes plus « branchées » de la dernière décennie recherchent un meilleur équilibre entre leurs responsabilités professionnelles et familiales, ce qui remet en question les modèles d’affaires traditionnels. Aujourd’hui, notre profession est à la fois médicale et technique. Demain, les fruits des nombreuses recherches en cours apporteront peut-être des solutions définitives à la carie dentaire et aux problèmes parodontaux. Qui sait? La formation des futurs dentistes inclura-t-elle d’ici peu un volet biomédical important? Au cours des prochaines années, nous devrons cultiver et affirmer haut et fort notre identité professionnelle. D’une part, nous voulons jouer un rôle plus actif en lien avec la santé générale des individus et, d’autre part, nous devons établir plus clairement notre expertise en réhabilitation prothétique, un domaine hautement convoité par certains qui cherchent à se l’approprier. Pour assurer le développement harmonieux de notre profession, chacun de nous, tous types de pratique confondus, devra assumer pleinement ses responsabilités professionnelles en faisant preuve, au quotidien, d’un leadership avisé. Ce leadership fondé sur notre vaste expertise m’apparaît être le levier le plus puissant sur lequel repose l’avancement de notre profession, car il influe directement sur la nature des liens que nous établissons avec les professionnels de notre secteur d’activités. Par exemple, nous savons que dans un contexte de vieillissement accéléré de la population, nous devrons prendre en charge la santé buccodentaire d’un nombre de plus en plus élevé d’individus âgés et dentés. Notre capacité d’anticipation et la qualité de notre préparation à intervenir doivent d’ores et déjà témoigner de notre leadership en la matière. Tous les professionnels, quel que soit leur champ d’intervention, sont animés par une volonté d’apprendre et de diversifier leur pratique. Cette démarche est saine et valorisante. Il n’en demeure pas moins que la formation universitaire étendue que nous avons reçue nous habilite, nous les dentistes, à jouer un rôle de premier plan dans la prise en charge de la santé dentaire globale des individus. L’avenir de notre profession est déjà entre nos mains. Il se vit dans chacun de nos bureaux au quotidien. À toutes et à tous, je souhaite une bonne année 2010!" |