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MALOCCLUSIONS ET SCOLIOSES IDIOPATHIQUES ADOLESCENTES (SIA) : EXISTE-T'IL UNE RELATION ?

Publié le 09 septembre 2010 - 16:28  Imprimer      Envoyer à un ami    Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du tetxe
 
 
Excellent article scientifique paru dans le Journal de l'Ordre des Dentistes du Quebec ( VOL 47 N° 4-Août/Septembre 2010) ; les auteurs québécois (Drs EL-Khatib, Garnier, Bach, Moreau et Remise) ont réalisé un profond travail à la fois de documentation bibliographique et d'analyse
l'actualité dentaire vous recommande cet article qui, outre son intérêt démontre une fois de plus que toute étude et publication mérite d'être basée sur des échantillons fournis
 
 

MALOCCLUSIONS ET SCOLIOSES IDIOPATHIQUES ADOLESCENTES (SIA) : EXISTE-T-IL UNE RELATION?  Dr HiCHAM EL-KHATib, DMD, M. Sc., professeur agrégé, Université de Montréal
Dr FABRICE GARNIEr, DMD, M. Sc.
Dr NORMAND BACH, DMD, M. Sc., professeur adjoint, Université de Montréal 
Dr ALAIN MOREAU, Ph. D., professeur agrégé, Université de Montréal
Dr CLAUDE REMisE, DMD, M. Sc., professeur titulaire, Université de Montréal

ll est légitime de se poser la question suivante : existe-t-il une relation entre les déformations au niveau de la colonne vertébrale et les malocclusions dento-squelettiques? Comme dentistes ou orthodontistes, nous sommes des témoins privilégiés qui observent la croissance cranio-faciale des enfants et des adolescents tout en s’intéressant à la santé générale du patient. Le dentiste est un professionnel de la santé de première ligne qui commence à voir ses patients à un très jeune âge et qui continue à les suivre au fil des années. La scoliose idiopathique adolescente (SIA) est la forme de scoliose la plus fréquente chez notre population adolescente en croissance. Elle se définit comme une déformation rachidienne progressive, d’origine inconnue, se produisant dans les trois plans de l’espace. dans le présent texte, nous allons définir ce qu’est une scoliose. de plus, nous allons discuter des différents types de scoliose en allant des étiologies jusqu’aux traitements. Nous allons aussi étaler l’état des connaissances actuelles pour voir s’il existe une relation entre les siA et les malocclusions dento-squelettiques. de façon générale, il existe deux types de scoliose : les secondaires et les idiopathiques. Les scolioses secondaires sont d’origine bien identifiable. Les idiopathiques sont d’origine inconnue. 

I LES SCOLIOSES SECONDAIRES 


Les scolioses secondaires sont, comme leur nom l’indique, causées par une atteinte bien identifiable telle, entre autres, la malformation congénitale d’une vertèbre ou alors une dystrophie musculaire. Le TABLEAU I résume les différentes scolioses secondaires.

II- LES SCOLIOSES IDIOPATHIQUES

La scoliose idiopathique est une déformation de la colonne vertébrale d’origine inconnue et non reliée à une autre condition pathologique ou à une malformation congénitale. La scoliose idiopathique est subdivisée par l’âge auquel les symptômes se présentent. Ainsi, on trouve des scolioses idiopathiques infantiles, juvéniles, adolescentes et adultes. Nous ne discuterons pas des scolioses idiopathiques adultes, car il est peu probable qu’une scoliose idiopathique adulte cause une malocclusion chez un patient qui a fini sa croissance.

Scoliose idiopathique infantile

Il s’agit d’une courbure de la colonne qui se produit au cours des trois premières années de vie de l’enfant. de 70 % à 90 % d’entre elles se résorbent de manière encore inconnue. Les rares cas progressant se trouvent principalement chez les garçons avec une fréquence augmentée de courbure thoracique gauche. Cette sous-classification des scolioses compte pour moins de 1 % des scolioses idiopathiques aux États-Unis alors qu’elle est relativement fréquente en Europe (Morcuende et Weinstein, 2003). Scoliose idiopathique juvénile Il s’agit d’une courbure spinale se développant entre l’âge squelettique de 3 ans et le début de la puberté (3 à 10 ans). Elle représente 20 % des scolioses idiopathiques. Les filles sont atteintes dans un ratio de 4 pour 1 par rapport aux garçons, et ce, avec une courbure thoracique droite plus fréquente (Morcuende et Weinstein, 2003).   

MOTS CLÉS :
Malocclusions
Croissance cranio-faciale
Scolioses idiopathiques adolescentes
Asymétrie

..............................................................................................................................
 

TABLEAU I 

Classification des scolioses secondaires selon Bur goyne et Fairbanks (2001)


Neuromusculaire
 
Neuropathique 

- Neurones moteurs supérieurs
- Ataxie de Freiderich

Myopathique 

- Arthrogryposis 
- Dystrophie musculaire (Duchenne, Becker)

Scolioses secondaires à certaines anomalies osseuses 

Malformation (hémivertèbre)
Segmentation anormale (unilatérale ou bilatérale)
Anomalies lombo-sacrales

Traumatisme 

Accidentel
Contractures extra-spinales 
Traumatisme idiopathique (chirurgical, radiothérapie)

Désordres du tissu connectif 

Neurofibromatose
Ostéogénèse imparfaite
Syndrome de Marfan

Dysplasies squelettiques 

Diastrophique, spondyloepiphyséale
 
Métabolique

Rachitisme, homocystinurie

Arthrite rhumatoïde

Mécanique

Infection : aigüe ou chronique

Néoplasique : os et tissus neuronaux

.........................................................................................................................
 
Scoliose idiopathique adolescente
 
Elle représente 80 % de toutes les scolioses idiopathiques. La SIA est une déformation rachidienne progressive se produisant dans les trois plans de l’espace. Elle débute pendant ou après la puberté et se termine avant la maturité squelettique. Elle atteint environ 4 % de la population, se produit majoritairement chez les filles, et sa progression critique se situe entre 12 et 16 ans. L’étiologie de la SIA est controversée, mais il est d’un commun accord qu’elle soit multifactorielle. Nous allons détailler la SIA, car c’est le type de scolioses idiopathiques le plus fréquent.
 
II-A Étiolo gie de la scoliose idiopathique

Les études sur l’étiologie des scolioses idiopathiques sont nombreuses et souvent contradictoires. Il semble généralement accepté qu’elle soit multi-factorielle (Burwell, 1994 et 1998).

Facteurs génétiques

Grâce à leurs observations cliniques, les médecins rapportent depuis longtemps qu’il existe un lien familial dans les scolioses. Le rôle des facteurs héréditaires est maintenant largement accepté grâce à de nombreuses études (Wynne-Davies, 1968; Cowell, 1972; Harrington, 1977). Le mode de transmission demeure toutefois inconnu et controversé (Wise et coll., 2000; Justice et coll., 2003). Étant donné que la maladie afflige davantage les filles que les garçons, certains suggèrent le mode de transmission lié au chromosome X (Cowell et coll., 1972; Harrington, 1977), mais les études sur le sujet sont contradictoires et semblent indiquer que la majorité des cas ne soient pas reliés au chromosome X (Miller et coll., 1996; Justice et coll., 2003). D’autres chercheurs suggèrent un mode de transmission autosomal dominant (Wynne-Davies, 1968; Riseborough, 1973).

Tissus connectifs
 
Un dérèglement du métabolisme du collagène et des protéoglycanes, composants structurels des tissus connectifs du rachis (ligaments, disques intervertébraux), pourrait être à l’origine d’une scoliose telle que trouvée dans certaines maladies affectant le tissu conjonctif (maladie de Marfan, d’Ehlers-Danlos, l’homocystinurie et l’ostéogenèse imparfaite). Les résultats des études sur ces composantes ne font pas l’unanimité. Si certains ont clairement noté une différence dans les taux de protéoglycanes et de collagènes entre les individus scoliotiques et les individus normaux (Pedrini et coll., 1973; Zaleske et coll., 1980; Taylor et coll., 1981), d’autres n’ont décelé aucune différence (Enneking et Harrington, 1969; Oegema et coll., 1983). De plus, bien que la scoliose semble être favorisée par les maladies du tissu conjonctif, les chercheurs ont de la difficulté à prouver si les défauts du collagène et des protéoglycanes sont présents avant l’apparition de la scoliose ou s’ils en sont la conséquence.
 
Facteurs neurologiques

Dubousset (1999) conclut ainsi un article sur les scolioses idiopathiques : « Les nombreux travaux […] aboutissent au fait qu’il s’agit vraisemblablement d’un désordre neurologique central, probablement génétique, en rapport avec un trouble de contrôle de la proprioception ». La posture est contrôlée par le système nerveux central (SNC) qui intègre l’information en provenance de trois sources : les récepteurs proprioceptifs des membres supérieurs et inférieurs indiquant la position par rapport au sol ainsi que dans l’espace, la vue et les signaux vestibulaires (Sahlstrand et coll., 1980). Un défaut dans l’une de ces sources, ou alors au niveau du SNC, induit un défaut de la posture qui peut mener à une scoliose. Il est par contre difficile de déterminer si ces défauts sont des causes ou des effets de la scoliose.

Facteurs musculaires

La dystrophie musculaire de Duchenne provoquant une scoliose secondaire a été à l’origine d’une hypothèse suggérant qu’une musculature para-spinale défaillante puisse causer la SIA. Plusieurs études ont appuyé cette théorie (Karski, 1998; Lee, 1999). Des changements morphologiques et biochimiques dans les muscles des individus scoliotiques ont été documentés. Par contre, d’autres auteurs ont conclu que l’asymétrie musculaire était secondaire à la tension provoquée par la déformation scoliotique, et non l’inverse (Zetterberg et coll., 1983; Slager et coll., 1987).

Facteurs endocriniens
 
L’hormone de croissance : plusieurs études ont rapporté un lien entre la scoliose et les hormones de croissance. Il a été démontré que pour un âge donné, les patients scoliotiques sont plus grands que les sujets normaux (Nordwall et Willner, 1975) et que ceux-ci ont un taux d’hormone de croissance plus élevé (Ahl et coll., 1988). La mélatonine : hormone synthétisée par l’épiphyse, elle a la capacité de réguler la synthèse de l’hormone de croissance. Elle pourrait être impliquée dans l’étiologie de la SIA (Hilibrand et coll., 1996). Récemment, une équipe de recherche du CHU Sainte-Justine a mis en évidence une altération de la signalisation de la mélatonine au niveau des ostéoblastes chez les patients atteints de SIA. Une mutation semble interférer avec le signal de transduction de la mélatonine (Moreau et coll., 2004). De plus, cette hormone régule une panoplie de systèmes physiologiques et plusieurs de ces systèmes sont déréglés chez les patients atteints de SIA, causant entre autres ostéopénie et problèmes d’équilibre.

II-B Diagnostic de la scoliose idiopat hique adolescente (SIA)

Le diagnostic de la SIA en est un d’exclusion. Les autres types de scoliose doivent être d’abord éliminés avant de conclure à celui-là. À cette fin, l’histoire naturelle, l’examen physique et l’examen des imageries appropriées doivent être exécutés avec attention.

Histoire naturelle

L’histoire naturelle aide à déterminer l’étiologie qui nous renseignera sur la progression de la maladie et sur son traitement. On doit demander au patient et à sa famille de quelle façon la scoliose a été découverte et si elle leur semble progresser ou alors être stable. L’histoire familiale doit être exempte de conditions neurologiques ou congénitales.
 
Examen physique
 
Un examen général doit être fait avec une attention particulière portée aux signes d’anomalies congénitales au niveau du visage, des oreilles, du palais, des extrémités et de la peau. Ainsi, des changements de pigmentation, JOURNAl de l’ordre des dentistes du québec | 9 | volume 47 No 4 | ao ût / septem bre 2010 Malocclusions et scolioses idio pathiques adolescentes (SIA) : existe -t-il une rel ation ? ARTICLE SCIENTIFIQUE des nævi, des touffes de poils, des dépressions et des lipomes peuvent être associés à une fermeture incomplète du tube neural (dysraphysme). Des neurofibromes ou des taches café au lait peuvent indiquer une neurofibromatose. Les signes des caractéristiques sexuelles secondaires doivent être notés. La longueur des membres et la taille assise et debout doivent être mesurées. Un examen de la colonne est fait par le « Adams forward bending test », qui permet de voir les asymétries rachidiennes par l’examen de la surface de la colonne. Un examen neurologique complet incluant les réflexes abdominaux et de vomissement doit aussi être fait (Morcuende et Weinstein, 2003).
 
Examen radiologique

Si l’examen physique démontre des signes de scoliose, des radiographies postéro-antérieures et latérales sont prises. On recherche des anomalies congénitales. Les courbures sont évaluées en rapport avec leur localisation, leur direction et leur amplitude, et en rapport avec la rotation des pédicules (Morcuende et Weinstein, 2003).

II-C Classifications des scolioses

Étiologie présumée

Les scolioses peuvent être classifiées selon l’une de leurs nombreuses causes : congénitales, neurologiques, iatrogéniques, etc. La scoliose idiopathique, ayant déjà été nommée cryptogénique, implique l’exclusion de toutes les autres étiologies connues (Sevastik et Stokes, 2000).

Anatomie

L’emplacement anatomique de la vertèbre apicale de la déformation peut aussi servir à la classification. On trouve des courbures cervicales, thoraciques, thoracique-lombaires, ainsi que lombaires. Comme on trouve souvent plus d’une courbure chez un même patient, on peut les sous-classifier selon le patron de courbure (ex. : courbure thoracique double). La classification de King-Moe (King et Moe, 1983) basée sur l’angle de Cobb est communément acceptée malgré ses faiblesses (Cummings et coll., 1998; Lenke et coll., 1998). D’autres classifications ont, par la suite, été proposées pour y remédier (Cruickshank et coll., 1989; Nguyen et coll., 1998). Toutefois, la classification de King-Moe étant plus simple et suffisamment précise pour les besoins des chirurgiens, elle demeure la référence en matière de quantification de la scoliose.

II-D Mesure de la scoliose

Angle de Cobb

L’angle de Cobb est, encore aujourd’hui, la mesure de référence pour quantifier l’amplitude de la scoliose à partir d’une radiographie antéropostérieure (Cobb, 1948). L’angle de Cobb se mesure en traçant une ligne le long de la surface supérieure de la vertèbre la plus céphale marquant le début de la courbe, puis en traçant une ligne le long de la surface inférieure de la vertèbre la plus caudale marquant la fin de la courbe FIGURE 1 .
L’angle entre les perpendiculaires à ces deux lignes est mesuré en degré et définit l’angle de Cobb. La progression de la maladie est définie par une augmentation de cet angle variant de 5 à 10 degrés selon les auteurs (Lonstein et Carlson, 1984; Bunnell, 1986). Il existe toutefois, selon certains, une variation inter-examinateurs allant jusqu’à 10 degrés (Carman et coll., 1990) et une variation diurne encore plus importante (Beauchamp et coll., 1993). Les courbures de moins de 20 degrés sont considérées comme mineures et ne causent qu’un problème esthétique modéré. Les courbures plus sévères (plus de 30 degrés) ont des conséquences plus importantes allant de la difficulté de mobilité jusqu’à l’atteinte de la fonction pulmonaire et cardiaque (plus de 100 degrés) (Weinstein et coll., 1981).

FIGURE 1 | Angle de Cobb 



II-E Épidémiologie de la SIA

Prévalence
 
La SIA, qui compte pour plus de 80 % des scolioses idiopathiques, se trouve chez 2 % à 3 % de la population en général pour un angle de Cobb de 10 à 20 degrés. La prévalence diminue d’une façon significative pour des courbures d’amplitudes plus élevées. Ainsi, on trouve une courbure supérieure à 40 degrés chez moins de 0,1 % de la population. (Morcuende, Wienstein, 2003). Voir TABLEAU II .

TABLEAU II 

Prévalence de la SIA selon Weinstein (1994)

Angle de Cobb                Filles : Garçons          Prévalence (%)

> 5 degrés                     1 : 1                           4,5
> 10 degrés                   1,4-2 : 1                     2-3
> 20 degrés                   5,4 : 1                        0,3-0,5
> 30 degrés                   10 : 1                         0,1-0,3
> 40 degrés                                                    < 0,1

Sexe

La scoliose se trouve plus fréquemment chez la fille que chez le garçon, dans un rapport moyen de 4 pour 1 (Shohat et coll, 1988). Plus la SIA est sévère, plus les filles sont atteintes. Les détails se trouvent au tableau II.

Race

Toutes les races semblent atteintes approximativement de la même manière. Les données des pays avec des communautés ethniques et raciales très variées ont des prévalences variant de 1 % à 4 % pour des courbes de 10 degrés ou plus. Il existe également une concordance mondiale quant à la proportion de jeunes filles nécessitant un traitement actif, soit de 2 à 3 pour 1 000. Il en est de même pour le besoin de correction chirurgicale chez les filles de 10 à 19 ans, qui se retrouve dans 1 cas sur 1 000 (Taylor et coll., 2000)

II-F Traitement de la SIA

La plupart des patients atteints de scoliose idiopathique ne requièrent aucun traitement. À titre d’exemple, seulement 7 % des patients diagnostiqués lors de dépistages dans les écoles en ont besoin. Par contre, comme aucune indication clinique ou radiologique ne peut aider à identifier une courbe qui progressera, il est nécessaire de faire le suivi de la courbure (Morcuende et Weinstein, 2003).

Observation

Le suivi périodique est le traitement de choix pour les courbures à faible risque de progression quand l’histoire familiale du patient est favorable. En général, un tel patient avec une courbure de moins de 20 à 30 degrés peut être observé. Il en est de même pour un patient avec une courbure de moins de 40 degrés ayant atteint la maturité squelettique (Morcuende et Weinstein, 2003). Différentes méthodes sont utilisées pour estimer la maturité squelettique. Ainsi, le clinicien peut se fier, entre autres, à la date des premières menstruations chez la fille, à l’apparition de la pilosité faciale chez le garçon, aux radiographies de la main et du poignet ou à la maturité vertébrale cervicale sur une radiographie céphalométrique.

Corset

Deux écoles de pensée s’opposent quant à la reconnaissance de l’efficacité des corsets. D’une part, ceux qui croient à leur efficacité déclarent maintenir ou diminuer la sévérité de la scoliose et ainsi réduire le besoin de chirurgie (Carr et coll., 1980; Coillard et coll., 2003). D’autre part, ceux qui ne reconnaissent pas l’efficacité des corsets pensent que la chirurgie est souvent inévitable (Noonan et coll., 1996; Dickson et Weinstein, 1999; Goldberg et coll., 2001).

Utilisés depuis environ 45 ans, les corsets ont évolué au fil du temps. Certains modèles anciens, comme le corset de type Milwaukee, consistent en une fixation rigide du tronc et de la tête. Étant donné que l’appareil soutient la partie occipitale du crâne et, souvent, le rebord inférieur de la mandibule, il cause une déformation du complexe dento-maxillaire. Par la suite, le corset de type Boston est apparu. Il s’agit d’un corset rigide qui part sous la poitrine et l’omoplate et qui s’étend à la région pelvienne et au coccyx. De nombreux autres types de corset ont ensuite vu le jour. Plus récemment, des corsets appelés dynamiques, tel le Spinecor, ont été développés. Ils utilisent l’activité musculaire pour stimuler les réflexes au niveau cortical et, par rétroaction, renforcent le tonus musculaire. En plus de permettre aux muscles de stabiliser et de corriger la scoliose, ce type de corset est plus confortable et moins visible que les modèles traditionnels.
Le corset est utilisé chez le patient squelettiquement immature et sert à maintenir la courbure rachidienne, plus qu’à la corriger. En général, le corset est prescrit chez un patient dont la courbure de 20 à 30 degrés a progressé de plus de 5 degrés ou chez un patient avec une courbure de 30 à 40 degrés. Le candidat de choix pour le corset est donc immature au niveau squelettique et possède une courbure rachidienne de 20 à 40 degrés, qui est esthétiquement acceptable mais à haut risque de progresser. De plus, il doit être prêt psychologiquement à porter le corset (Weinstein et Ponseti, 1983). Il a été démontré qu’à plus de 45 degrés, le corset devient inefficace. Dans le passé, il était suggéré de porter le corset à temps plein. À cause du manque de coopération de la part des patients, le programme se limite maintenant à un port quotidien de 16 à 18 heures. Le corset est porté jusqu’à l’atteinte de la maturité squelettique. Bien que les recommandations sur le port du corset varient énormément d’un clinicien à l’autre, on retrouve régulièrement une diminution graduelle du temps de port sur une période d’un an pour en arriver à un port de nuit seulement pendant une année supplémentaire (Carr, 2003).

Chirurgie

Le but du traitement chirurgical est d’obtenir une fusion vertébrale localisée au niveau des courbures primaires ainsi qu’une correction de la déformation par instrumentation. Le choix du traitement chirurgical est basé sur les caractéristiques du patient (âge, maturité squelettique) et de sa courbure (localisation, amplitude, rotation, progression et équilibre). Ainsi, un patient squelettiquement immature qui présente une courbure au-delà des limites du corset (40 à 45 degrés) ou qui démontre une progression inquiétante est un candidat à la fusion chirurgicale. De la même manière, un patient avec une courbure thoracique de plus de 50 degrés et une courbure lombaire ou thoracique-lombaire de plus de 30 degrés avec une rotation apicale marquée peut aussi être considéré comme un candidat à la chirurgie (Morcuende et Weinstein, 2003).

II-G Les scolioses idiopat hiques adolescentes et les malocclusions dento -squelettiques

Pour ce qui est des relations entre les scolioses idiopathiques et les malocclusions dento-squelettiques, peu d’articles ont été publiés. Lippold et coll. (2003) ne rapportent aucune différence statistiquement significative entre les malocclusions sagittales (dysharmonie antéro-postérieure entre les deux maxillaires) de 118 sujets classifiés selon le degré de sévérité de malformation dorsale.
En 1991, Huggare et coll. ont étudié un échantillon de 22 sujets (16 filles et 6 garçons âgés de 12 à 34 ans) traités pour scoliose avec un corset de type Boston à l’Université de Oulu (Finlande). Ces patients ont subi un examen clinique, des empreintes en alginate et des radiographies céphalométriques frontales et latérales. La déviation rachidienne angulaire et sa localisation ont été obtenues à partir de dossiers orthopédiques. Le groupe contrôle provient d’un échantillon de patients finlandais ainsi que de patients traités à la clinique d’orthodontie de l’Université de Oulu. Les auteurs notent une grande prévalence de malocclusions, une agénésie de prémolaires dans 26 % des cas et une hauteur augmentée de la deuxième vertèbre cervicale. De plus, ils rapportent une légère tendance à une augmentation de l’angle cranio-cervical, en particulier dans le plan transverse, ainsi qu’une diminution de l’angle clival-sphénoïdal et une diminution de l’angle clival-foraminal dans le plan sagittal FIGURE 2 .

FIGURE 2  Plans clival, foraminal et sphénoïdal 

Le schéma de cette étude est intéressant, mais certains paramètres lui enlèvent de sa valeur scientifique. Premièrement, l’échantillon beaucoup trop petit ne confère que peu de crédibilité aux conclusions. Deuxièmement, une partie du groupe témoin pour la radiographie céphalométrique latérale est tirée de patients de la clinique orthodontique. Ces sujets sont tous atteints de malocclusions, ce qui ne représente pas la population en général. S’il existe vraiment une corrélation entre les malocclusions et les scolioses, le groupe témoin s’en trouve affecté.
Troisièmement, tous les sujets, dont certains encore en croissance, ont été traités par corset de type Boston. Encore une fois, s’il existe un lien entre les malocclusions et la scoliose (ou même la posture) et que l’on corrige cette dernière, il est possible que la malocclusion en soit affectée.

La même année, Pecina, Lulic-Dukic et Pecina- Hrncevic (1991) ont conduit une étude avec deux groupes tests et un groupe témoin. Le premier groupe test comportait 173 filles et 29 garçons de 7 à 17 ans, tous traités pour scoliose avec des angles de Cobb variant entre 20 et 50 degrés. On recherchait des indices cliniques d’anomalies orthodontiques. Le groupe témoin comportait 350 filles et 290 garçons, âgés de 7 à 17 ans sans signe de scoliose, sélectionnés dans des écoles primaires et secondaires de Zagreb (Yougoslavie). Le deuxième groupe test était composé de 76 filles et de 28 garçons de 6 à 17 ans traités en orthodontie pour problèmes de malocclusions héréditaires à l’Université de Zagreb. On tentait d’identifier la présence de scoliose au moyen d’examens cliniques et de topographie de Moiré. Un deuxième groupe témoin n’a pas été nécessaire, car il a été établi que 1,4 % des enfants de Zagreb ont un angle de Cobb de plus de 10 degrés. Ils ont constaté que chez les enfants scoliotiques, on trouve dix fois plus d’agénésies dentaires, le double d’encombrements dentaires, le double de protrusions mandibulaires et plus du double d’occlusions fermées. Leur conclusion est que tous les enfants avec un angle de Cobb de plus de 10 degrés doivent consulter un orthodontiste et que tout enfant avec une anomalie orthodontique héréditaire doit consulter un orthopédiste. Cette étude sur de nombreux sujets est rapportée dans un article d’à peine deux pages dans lequel on ne rapporte aucun détail quant au matériel et à la méthode, aucun détail de l’étude ni aucune statistique. Il est donc difficile de juger de sa validité scientifique.
Une recension des écrits sur les désordres posturaux et la morphologie dento-faciale a été faite en 1998 par Huggare. Il y est mentionné que la plupart des articles sur le sujet sont anecdotiques ou sont des descriptions subjectives d’impressions cliniques. Parmi les études mentionnées, plusieurs relient la scoliose à la malocclusion de classe II. D’un autre côté, trois d’entre elles ne réussissent pas à prouver leur hypothèse, mais parlent malgré cela de tendances. Aussi, trois études rapportent un redressement de la colonne vertébrale à la suite d’un traitement orthodontique.
Lors du 50e congrès de la Fédération orthopédique nordique à Tampere (Finlande), Samuelsson et coll. (2000) ont présenté une étude sur la relation entre les scolioses et les agénésies dentaires ainsi que les occlusions croisées. Cette étude était basée sur 43 patients (2 garçons et 41 filles) avec une moyenne d’âge de 12,5 ans et un angle de Cobb moyen de 34 degrés. Ils ont démontré une prévalence d’agénésies dentaires de 14 %, ce qui est significativement plus élevé que le groupe témoin. D’autre part, la prévalence d’occlusions croisées de 26 % est plus élevée que le contrôle, mais non significativement différente. Seul le résumé de cette étude est disponible, et ce, sur Internet. Aucun autre détail n’y figure.
En 2003, Lippold et coll. ont étudié 29 garçons et 30 filles âgés de 3,5 à 6,8 ans. Pour évaluer la scoliose, différents tests cliniques ont été effectués par un physiothérapeute expérimenté dans le domaine, donnant lieu à des données nominales (pieds plats, faible tonus musculaire, pelvis oblique, scoliose). L’occlusion a été évaluée, entre autres, par cinq critères : classe molaire de Angle, surplomb vertical, déviation de la ligne médiane, occlusion latérale et présence ou absence de symétrie faciale. Les corrélations entre les scolioses et les malocclusions n’ont été rapportées qu’en termes de relation molaire de Angle et d’observations physiques subjectives de scoliose. Les auteurs suggèrent de recommander tout patient ayant une classe II molaire, quelle qu’en soit la sévérité, à un orthopédiste pour un examen de la colonne.
En 2006, Ben-Bassat et coll. ont examiné 96 adolescents avec des scolioses idiopathiques et ils les ont comparés avec 705 patients normaux. Ils ont noté des différences significatives relativement à plusieurs paramètres d’évaluation des malocclusions. En effet, les patients scoliotiques avaient :
1- moins de concordance au niveau des relations molaires droite et gauche,
2- plus de déviations des lignes médianes supérieures et  inférieures,
3- plus d’occlusions croisées antérieures et postérieures. Ils n’ont pas noté de corrélation entre la sévérité de la scoliose (angle de Cobb) et la sévérité des paramètres d’évaluation des malocclusions.

III- Conclusions

À la lueur de cette revue de littérature, nous pouvons remarquer que peu d’études rapportées traitent directement des relations entre les scolioses idiopathiques et les malocclusions dento-squelettiques. Jusqu’à maintenant, la recherche sur le sujet provient principalement de l’Allemagne, de l’Europe de l’Est et des pays scandinaves. Comme nous l’avons constaté, la plupart de ces auteurs tirent leurs conclusions à partir de petits échantillons, de données statistiquement non significatives ou de simples rapports anecdotiques. Aussi, plusieurs de ces études se contredisent. La critique que nous venons de faire de la littérature actuelle est confirmée par la revue de littérature effectuée par Korbmacher et coll. (2004). On y mentionne que les études mettant en valeur les corrélations potentielles entre les données orthodontiques et les pathologies orthopédiques de la colonne manquent en général d’objectivité et qu’elles confondent souvent les termes orthopédiques : scoliose, torticolis et posture. De plus, ils rapportent que les diagnostics orthopédiques sont souvent basés sur des observations cliniques alors qu’une évaluation radiologique est habituellement essentielle à un diagnostic orthopédique fiable. Finalement, selon eux, les causes et les effets ne sont souvent pas clairement différenciés lors de l’évaluation de corrélations possibles. P our conclure, il y a, hors de tout doute, une place dans cette littérature discutable pour de nouvelles études rigoureuses et de plus grande envergure. Nous avons amorcé depuis deux ans, aux départements dentaire et d’orthopédie du CHU Sainte-Justine, un projet de recherche pour élucider la relation entre les SIA et les malocclusions dento-squelettiques. Nous espérons pouvoir établir une banque de données épidémiologiques sur les patients scoliotiques, déterminer s’il existe une corrélation entre la sévérité de scoliose (SIA) et la sévérité de certains paramètres de malocclusion, et fournir des réponses aux questions posées par les patients, les orthodontistes et les orthopédistes. Dans l’éventualité où nos résultats s’avéreraient concluants, la recherche pourrait s’orienter vers l’étiologie commune à la scoliose et aux malocclusions.

Demande de tirés à part / Docteur Hicham El-Khatib Université de Montréal Faculté de médecine dentaire C.P. 6128, succ. Centre-ville, Montréal (Québec) h3c 3j7 Tél. : 514 353-6056 hicham.el-khatib@umontreal.ca
 
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